Poésie
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Ahwach Ouarzazate 2026 Écouter

Poésie et chant de l’Ahwach

ⴰⵎⴰⵔⴳ

Avant les tambours, il y a le vers. Un poète ouvre, deux chœurs répondent, et l’honneur d’un village peut tenir dans un distique.

Les genres de la poésie chleuh

Le Centre de recherche berbère de l’INALCO distingue plusieurs genres liés à l’Ahwach. L’amarg est la poésie d’auteur ; le mot désigne aussi le chant, l’affection et la nostalgie. L’aqsiḍ est un long poème lent, chanté toute la nuit par des maîtres poètes avec l’accompagnement de l’aḥwac. La lqiṣt est un récit en vers. Les tiḥwacin, ou tiytt, sont de courts couplets répétés, chantés par les femmes en montagne et par les hommes en plaine, qui peuvent aussi vivre seuls.

Cette poésie est en tachelhit, mais dans un tachelhit travaillé : images, énigmes et symboles s’y écartent volontairement de la langue de tous les jours. C’est ce qui fait de l’Ahwach une école de langue autant qu’une fête.

Sources A. Bounfour, Centre de recherche berbère (INALCO) Hespress, Abdullah Bouchtar, « Les poètes d’Ahwach, gardiens des valeurs » Al Araby al-Jadeed

L’izli et le calcul inconscient

L’unité de base de la poésie chantée amazighe est l’izli (pluriel izlan), un distique d’une quinzaine de syllabes, chanté sur les tambours dans les ihidusen du Moyen et du Haut Atlas comme dans les ihwachen de l’Anti-Atlas et du Souss.

Ces vers semblent libres. Le linguiste Hassan Jouad a montré, à partir d’enregistrements réalisés dans le Haut Atlas central dès 1969, qu’ils obéissent à un système fermé de formules métriques : les formules de refrain de la joute en ont donné la clé, et le système vaut pour l’ensemble des parlers berbères du Maroc. L’improvisateur compose dans un cadre appris, à la vitesse de la parole.

Pour installer la mélodie, construite sur des échelles pentatoniques, le distique d’ouverture peut recourir à des « formules abstraites » : des syllabes sans signification qui tiennent la place du mètre avant que les mots n’arrivent.

Sources Review of Middle East Studies (Cambridge) D. Casajus, L’Homme (Persée) B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale

La joute et l’honneur

Dans plusieurs régions, la pièce s’ouvre par une joute poétique, le lmsaq : un soliste improvise des vers (tawala) auxquels répondent deux chœurs face à face, l’un d’hommes, l’autre de femmes ; la phrase finale, qui s’accélère, conduit à la danse. L’Institut du monde arabe l’a présentée ainsi en 2007, avec l’ensemble des Aït Itkel.

L’échange chanté entre poètes est une compétition, la tanḍḍamt. Le meilleur recevait le titre d’anddam au nom de la communauté qu’il représentait, et dans les grands rassemblements entre tribus, l’honneur collectif reposait sur son poète. Des chercheurs marocains décrivent aussi ces poètes comme des médiateurs, qui faisaient passer les rivalités entre confédérations dans la compétition des vers plutôt que dans le conflit.

Sources Institut du monde arabe Géoparc du Jbel Bani, « Ahwach, danse et musique du pays chleuh » Hespress, Abdullah Bouchtar, « Les poètes d’Ahwach, gardiens des valeurs »

De quoi parle l’Ahwach

L’amour et la nostalgie, l’éloge et la satire, la sagesse, la religion, la terre et les travaux agricoles, la solidarité de la tribu (tamunt), la mémoire des événements. Depuis la fin du XIXᵉ siècle, la résistance puis les questions sociales et politiques du moment y entrent aussi ; on cite un poète de la résistance à l’époque coloniale, Oubidar n Toukart, vers 1918.

La Larousse souligne que l’amarg exprime une expérience vécue, là où le répertoire des raïs professionnels est plus conventionnel. Des chercheurs y voient le moyen par lequel les communautés du Sud-Est consignent et transmettent leur propre histoire.

Sources Hespress, Abdullah Bouchtar, « Les poètes d’Ahwach, gardiens des valeurs » Al Araby al-Jadeed Encyclopédie Larousse, « ahouach » Hespress

Deux chœurs, des chanteuses, des raïs

Le chant est antiphoné : un soliste propose, un chœur répond, et dans l’Ahwach mixte, les chœurs d’hommes et de femmes alternent ; la littérature ancienne parle de « demi-chœurs ». À Télouet et autour de Ouarzazate, ce sont traditionnellement les femmes qui portent la ligne vocale pendant que les hommes frappent. Dans l’arrière-pays d’Agadir, l’ahwach n tfrkhin, « des jeunes filles », confie le chant et la danse aux jeunes femmes, les hommes tenant les percussions.

Il ne faut pas confondre l’Ahwach du village et les rwais, chanteurs-poètes professionnels et itinérants au ribab et au lotar. L’ethnomusicologue Philip Schuyler les opposait dès 1979 : d’un côté un art collectif attaché à la communauté, de l’autre un métier. Les rwais puisent pourtant dans la poésie de l’Ahwach, qui leur sert souvent d’école.

Sources B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale Encyclopédie Larousse, « ahouach » Hespress P. D. Schuyler, « Rwais and Ahwash », The World of Music 21(1), 1979

Recueillir les poètes

Longtemps orale, cette poésie a ses recueils modernes. En mars 2012, l’IRCAM a présenté « Imarirn », l’ouvrage d’Ahmed Aassid consacré aux grands poètes de l’Ahwach du XXᵉ siècle. L’Institut publie depuis d’autres recueils de poètes d’Ahwach.

Des praticiens interrogés en 2016 disaient pourtant que les poètes entièrement dédiés à l’Ahwach « se comptent sur les doigts ». Recueillir, éditer et faire entendre ces voix reste l’un des enjeux de la transmission.

Sources Hespress, « Imarirn, nouvelle publication d’Ahmed Aassid » Géoparc du Jbel Bani, reprise d’Albayane, « Ahwach, un art authentique qui s’est folklorisé »