L’Ahwach
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Ahwach Ouarzazate 2026 Écouter

Qu’est-ce que l’Ahwach ?

ⴰⵃⵡⴰⵛ

Un art total, où la poésie, le chant à deux chœurs, la danse et les tambours forment une seule pièce, portée par toute une communauté.

Un art total du Sud amazigh

L’Ahwach est la grande forme collective des communautés amazighes de langue tachelhit du sud du Maroc. Poésie chantée, réponse du chœur, danse et percussion sur tambours à cadre n’y sont pas des numéros successifs : elles se tiennent ensemble, dans une même pièce, au sommet d’une fête. L’Encyclopédie berbère et l’ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob le décrivent comme une grande forme chantée et dansée, entraînée par le jeu des tambours ; la Larousse y voit une manifestation à la fois chorégraphique, musicale et poétique propre aux Chleuhs.

Dans le Sud, le mot sert aussi de nom générique pour toute danse collective de village. C’est pourquoi tant de formes nommées localement, l’aqlal, l’ahnqar, l’ahyad, la tahwacht ou la taskiwin, sont présentées par les auteurs marocains comme des « types d’ahwach ». Parler de l’Ahwach, c’est donc parler à la fois d’un genre précis et d’une famille entière de pratiques.

Sources Encyclopédie berbère, « Danse » B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale Encyclopédie Larousse, « ahouach » Hespress

Le mot et ses graphies

Le même mot s’écrit de plusieurs façons selon la langue et l’époque : Ahwach est la graphie officielle marocaine en français, ahouach la transcription française ancienne, ahwash l’usage anglais courant, aḥwaš ou aḥwac la notation savante, أحواش en arabe et ⴰⵃⵡⴰⵛ en tifinaghe, selon la norme de l’IRCAM. Le pluriel tachelhit est iḥwašn.

L’étymologie n’est pas établie. Trois explications circulent : un verbe tachelhit signifiant « chanter », le mot d’origine arabe ḥawš, la cour ou l’enclos où l’on se rassemble, ou un sens amazigh de « mouvement ». Aucune source savante consultée ne tranche. Ce site s’en tient donc au sens que tous partagent : le rassemblement collectif et sa danse.

Sources Ma3lama IRCAM, Institut Royal de la Culture Amazighe Encyclopédie berbère, « Chleuh »

Une origine sans date

Chercheurs et presse marocaine s’accordent sur un point : aucun document ne permet de dater la naissance de l’Ahwach. On le tient pour l’une des plus anciennes expressions de la culture amazighe du Sud.

La tradition locale de Ouarzazate fait de Télouet, au pays des Glaoua, le berceau de l’Ahwach, et l’écrivain-voyageur Jean Mazel accordait en 1971 une certaine primauté aux Glaoua. Mais l’Encyclopédie berbère rappelle que Bernard Lortat-Jacob, dans sa monographie de 1980, rejette l’hypothèse d’une naissance glaoua. La réputation des Glaoua comme maîtres de l’Ahwach est documentée ; leur rôle d’inventeurs ne l’est pas.

Sources Al Quds al-Arabi (dépêche Anadolu), « La danse d’Ahwach, un patrimoine ancien » Ouarzazate Online Encyclopédie berbère, « Danse »

Un siècle de documentation

Les premières descriptions écrites datent du protectorat ; les premières images et les premiers enregistrements suivent. L’étude savante de l’Ahwach se construit ensuite, à partir des années 1960, autour de l’ethnomusicologie et de la linguistique. Les jalons ci-dessous sont ceux que les sources permettent d’établir.

  1. vers 1920 Marcelin Flandrin photographie un « Ahouach de Ouarzazate » : percussions ponctuées par un grand tambour, chant en appel et réponse. L’image est conservée à la Maison de la Photographie de Marrakech.
  2. 1939 Alexis Chottin, « Tableau de la musique marocaine » : il imagine une portée à quatre lignes pour noter les mètres différents que portent simultanément les différentes parties du corps.
  3. 1959 Paul Bowles enregistre une soixantaine d’heures de musique marocaine pour la Bibliothèque du Congrès, dont l’ahouach de l’Anti-Atlas et du Haut Atlas et l’aqlal du Drâa.
  4. 1978 et 1980 Bernard Lortat-Jacob publie avec Hassan Jouad « La saison des fêtes dans une vallée du Haut-Atlas », puis « Musique et fêtes au Haut-Atlas », qui reste l’étude de référence sur l’Ahwach.
  5. 1995 Hassan Jouad, « Le calcul inconscient de l’improvisation » : la poésie improvisée obéit à un système fermé de formules métriques.
  6. 1997 Miriam Rovsing Olsen, « Chants et danses de l’Atlas », livre et disque sur l’Anti-Atlas et le Haut Atlas.
  7. 2013 Lortat-Jacob, « L’ahwash berbère du Maroc », Cahiers de littérature orale : la synthèse la plus accessible sur la structure d’une pièce.

Sources Maison de la Photographie de Marrakech Library of Congress, Paul Bowles Moroccan Music Collection B. Lortat-Jacob, « Musique et fêtes au Haut-Atlas » (1980), page de l’éditeur Symétrie D. Casajus, L’Homme (Persée) M. Rovsing Olsen, « Chants et danses de l’Atlas (Maroc) », Cité de la musique / Actes Sud, 1997 B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale

Un art de langue tachelhit

La carte de l’Ahwach recouvre celle du tachelhit, et sa poésie est composée dans cette langue. L’Encyclopédie berbère fait du couple ahwach-ahidous le grand marqueur du monde atlasique, à la fois territorial et linguistique : l’ahwach chez les sédentaires de langue tachelhit, l’ahidous chez les transhumants de langue tamazight.

Des chercheurs marocains décrivent les poètes de l’Ahwach comme les gardiens de la langue, qui l’entretiennent et l’enrichissent par une composition savante. L’IRCAM, créé en 2001, publie des recueils de poètes d’Ahwach et programme des troupes lors de ses célébrations officielles, comme celle d’Id n Innayr 2974, en janvier 2024.

Sources Encyclopédie berbère, « Danse » Encyclopédie berbère, « Chleuh » Hespress, Abdullah Bouchtar, « Les poètes d’Ahwach, gardiens des valeurs » IRCAM, Institut Royal de la Culture Amazighe

Statut patrimonial : ce qui est exact

L’Ahwach n’est inscrit sur aucune liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. Des pages touristiques affirment le contraire pour 2017 : elles confondent l’Ahwach avec le Taskiwin, danse martiale du Haut Atlas occidental apparentée à la famille de l’Ahwach, inscrit cette année-là sur la Liste de sauvegarde urgente. Un dossier UNESCO pour l’Ahwach a été évoqué dans la presse en 2017, sans dépôt documenté depuis.

Au niveau national, l’Ahwach figure dans l’inventaire du patrimoine culturel tenu par le Ministère, et l’« Ahwach Ihahan » des Haha a été inscrit en novembre 2022 à l’inventaire national du patrimoine immatériel, sur un dossier préparé par le Centre Mogador d’études et de recherches avec l’association Ahwach Ihahan de Tamanar. La formule juste est donc : l’Ahwach est inventorié au patrimoine immatériel national ; il n’est pas inscrit par l’UNESCO.

Sources UNESCO, éléments inscrits du Maroc UNESCO, patrimoine culturel immatériel, « Taskiwin » L'Economiste Al Alam