Les styles régionaux de l’Ahwach
Une même structure, le poète, les deux chœurs, l’accélération, et autant de manières qu’il y a de vallées.
L’aire de l’Ahwach
L’Ahwach est associé aux populations sédentaires de langue tachelhit. On le pratique dans l’Anti-Atlas, dans le Haut Atlas occidental et dans le Haut Atlas central jusqu’à une ligne imaginaire tirée de Demnate à l’Assif Mgoun ; la plaine du Souss appartient au même domaine. Au-delà, dans le Haut Atlas oriental et le Moyen Atlas, règne l’ahidous des transhumants de langue tamazight. Une source de Ouarzazate situe la frontière entre les deux au Jbel Ghat et à Ighil n Mgoun, ce qui concorde avec la ligne de l’Encyclopédie berbère.
Selon Lortat-Jacob, cité par l’Encyclopédie, l’Ahwach progressait encore, dans les trente années précédant 1980, dans les zones de contact, aux dépens de l’ahidous.
Sources Encyclopédie berbère, « Danse » Encyclopédie berbère, « Chleuh » Ouarzazate Online
Haut Atlas central et Ouarzazate
C’est la version étudiée par Lortat-Jacob chez les Ayt Mgun, entre Demnate et Ouarzazate, dans des villages situés au-dessus de 2 000 mètres : le tizi, les tambours tagnza ou allun répartis en trois rôles, les très grands rassemblements de l’été. Lui-même souligne que d’autres versions, plus ou moins différentes, existent ailleurs au Maroc.
Autour de Ouarzazate, Télouet, Taourirt, Tifoultoute, Tamassint et Sidi Daoud ont chacun leur troupe ; le tambour à cadre y est la tknza et le grand tambour le demdom. Plus à l’est, un style de Kelaat Mgouna et du Dadès est signalé, reconnaissable à ses coiffes de laine colorée ; les sources disponibles sont minces et ne permettent pas d’en dire davantage.
Sources B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale Ouarzazate Online Al Quds al-Arabi (dépêche Anadolu), « La danse d’Ahwach, un patrimoine ancien »
Souss, Taroudant et Imintanout
À Aoulouz, dans la province de Taroudant, l’Ahwach réunit taguenza, naqus, demdoum et battements de mains, en vêtements blancs ; la High Atlas Foundation y a documenté en 2023 une variante distincte, aux côtés de celles de Télouet, d’Agouim et du Toubkal. Le Souss méridional ajoute la ganga, le grand tambour décrit par Ahmed Aydoun.
À Imintanout, dans la province de Chichaoua, on décrit un cycle de sept passages rythmiques, des tambours tallunt joués par au moins quatre musiciens avec quatre frappes nommées, une parure féminine d’argent et de corail et deux niveaux d’Ahwach, d’élite et de jeunes. Dans l’arrière-pays d’Agadir, l’ahwach n tfrkhin donne la voix et la danse aux jeunes filles.
Sources High Atlas Foundation A. Aydoun, e-taqafa.ma (Fondation Hassan II pour les MRE) Ma3lama
Anti-Atlas, Tiznit et Tata
À Tiznit, l’Association d’Ahwach, fondée en 2005, anime des ateliers et forme des jeunes ; sa troupe se présente uniformément vêtue de blanc. Le Géoparc du Jbel Bani y voit un bel exemple de sauvegarde d’un patrimoine artistique local.
Dans la région de Tata et du Jbel Bani, de nombreux sous-types sont comptés comme ahwach : edderst, ahnakkar, ahwach n ti’ayaline, tahwacht, ahwach issemgane, el hrma, el rekba, el guedra ou tbel, chmra, elrrsem. La performance s’y ouvre par la joute, le msaq, et s’achève par la danse, le derst ; on y joue aussi la flûte tâleouadt.
Sources Géoparc du Jbel Bani Géoparc du Jbel Bani, « Ahwach, danse et musique du pays chleuh »
Haha et Haut Atlas occidental
Sur la façade atlantique, dans la province d’Essaouira, l’Ahwach Ihahan des douze tribus Haha, autour de Tamanar, associe une flûte courte, des percussions de métal et le bendir ; ses thèmes sont la terre et l’arganier, et la pièce se clôt sur une danse du poignard suivie d’une expression de paix. Il a été inscrit en 2022 à l’inventaire national du patrimoine immatériel.
Le Taskiwin, danse martiale du Haut Atlas occidental, tire son nom de la corne à poudre décorée (tiskt) que porte chaque danseur ; il se danse en secouant les épaules au son des tambours et des flûtes et met en scène une séquence de combat. L’UNESCO l’a inscrit en 2017 sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, en relevant qu’il ne subsiste que dans un nombre réduit de villages. La description de l’UNESCO n’emploie pas le mot ahwach ; les sources marocaines parlent pourtant d’« ahwach Taskiwin ».
Sources Al Alam UNESCO, patrimoine culturel immatériel, « Taskiwin »
Le Drâa et les oasis
Les oasis du Drâa ont leurs propres formes collectives, notamment l’aqlal, que Paul Bowles enregistra en 1959 aux côtés de l’ahouach de l’Atlas ; l’Ahwach et l’aqlal y coexistent. Les troupes qui se produisent à Ouarzazate viennent de la province, de Zagora et du Souss.
Sources Library of Congress, Paul Bowles Moroccan Music Collection Africanews
Ahwach et ahidous, côte à côte
On les confond souvent ; l’Encyclopédie berbère les dit « assez différents sur le plan chorégraphique ». Le tableau résume les différences établies par les sources.
| Ahwach | Ahidous | |
|---|---|---|
| Langue et peuplement | sédentaires de langue tachelhit | transhumants de langue tamazight |
| Région | Anti-Atlas, Haut Atlas occidental et central, Souss | Moyen Atlas, Haut Atlas oriental |
| Mètre | deux ou quatre temps | le plus souvent cinq temps |
| Formation | sexes séparés : hommes au centre, femmes en anneau ou en lignes face à face | épaule contre épaule, femmes intercalées parmi les hommes |
| Tambours | sans timbre, rôles répartis, avec naqus et grand tambour | à timbre, jouant ensemble |
| Ouverture | distique d’un poète, ou joute | solo lent (tamawayt), souvent par une femme |
Sources Encyclopédie berbère, « Danse » A. Aydoun, e-taqafa.ma (Fondation Hassan II pour les MRE) Review of Middle East Studies (Cambridge)



