Rythmes et instruments
ⵜⴰⴳⵏⵣⴰDes tambours qui ne jouent pas tous la même chose, un métal qui coupe le temps, et une accélération qui doit « franchir le col ».
Deux ou quatre temps
Selon l’Encyclopédie berbère, le rythme de l’Ahwach est à deux ou à quatre temps, quand l’ahidous est le plus souvent à cinq. Une source plus ancienne parle d’un mètre ternaire ; l’Encyclopédie, qui s’appuie sur les travaux de Lortat-Jacob, fait autorité sur ce point.
La réalité est plus riche qu’un chiffre : dès 1939, Alexis Chottin constatait que les différentes parties du corps suivent en même temps des mètres différents, et relevait des couches simultanées à 2/4 et à 6/8 dans la chorégraphie chleuh.
Sources Encyclopédie berbère, « Danse » Encyclopédie Larousse, « ahouach »
Chaque tambour son rôle
C’est l’un des traits qui distinguent le plus nettement l’Ahwach de l’ahidous : ses tambours se partagent le travail. Certains tiennent la figure de base pendant que d’autres jouent des variations et des syncopes. Le musicologue Ahmed Aydoun le résume ainsi : un soliste ouvre par un poème, le chœur répond, puis la percussion prend le relais et accélère par degrés, du lent au rapide.
Dans le Haut Atlas central, Lortat-Jacob nomme trois fonctions : les tambours d’ensemble au son grave (thrrim), le soliste principal qui improvise (txllif) et un second soliste au son aigu et cristallin (assiff).
Sources A. Aydoun, e-taqafa.ma (Fondation Hassan II pour les MRE) B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale
Le tambour à cadre et ses noms
L’instrument principal est un grand tambour à cadre d’une soixantaine de centimètres : un cercle de bois tendu d’une seule peau de chèvre, sans timbre, alors que le tambour de l’ahidous en porte un. Avant de jouer, on tend la peau en la chauffant au feu. Son nom change de vallée en vallée ; le tableau ci-dessous reprend les appellations relevées par les sources, sans prétendre à une carte exacte.
| Instrument | Noms relevés | Où |
|---|---|---|
| Tambour à cadre | tagnza, taguenza, tknza (pl. tkanziwin) | Haut Atlas central, Ouarzazate, Aoulouz |
| Tambour à cadre | allun, alloun | Haut Atlas central, Moyen Atlas |
| Tambour à cadre | tallunt, talount | Souss, Imintanout, Haut Atlas occidental |
| Tambour à cadre | bendir (terme arabe générique) | partout |
| Grand tambour à deux peaux, frappé à la baguette | dendoum, demdom | Ouarzazate, Aoulouz |
| Grand tambour à deux peaux | tbel ; ganga | Tata (tbel) ; Souss méridional (ganga) |
| Idiophone de métal frappé de deux tiges de fer | naqus, naqous | Souss, Anti-Atlas, région de Ouarzazate |
Sources B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale Encyclopédie berbère, « Danse » Ouarzazate Online Ma3lama High Atlas Foundation A. Aydoun, e-taqafa.ma (Fondation Hassan II pour les MRE)
Le grand tambour et le naqus
Le grand tambour cylindrique à deux peaux de chèvre, frappé avec une baguette (appelée tio dans un récit de Ouarzazate), ponctue les longues phrases ; Aydoun décrit la ganga du Souss méridional comme un grand tambour africain qui scande la fin des périodes. Comme son nom varie selon les régions, le mieux est de le désigner simplement comme le grand tambour.
Le naqus donne au tout son tranchant : une pièce de métal, cloche, gong ou parfois tambour de frein, frappée avec deux tiges de fer, qui marque une pulsation aiguë au-dessus des peaux. Les flûtes ne sont pas universelles ; elles apparaissent dans l’Ouest et le Sud-Ouest, chez les Haha et dans le Taskiwin.
Sources Ouarzazate Online A. Aydoun, e-taqafa.ma (Fondation Hassan II pour les MRE) High Atlas Foundation Al Alam UNESCO, patrimoine culturel immatériel, « Taskiwin »
Franchir le col : le tizi
Dans le Haut Atlas central décrit par Lortat-Jacob, un poète ouvre par un distique, aussitôt repris en alternance par les chœurs d’hommes et de femmes sur les tambours. Vers les deux tiers de la pièce, les tambours doivent « franchir le col », le tizi : par une accélération continue, le rythme passe d’un cycle symétrique à quatre temps à un cycle asymétrique. À mesure que le tempo monte, les mots deviennent inaudibles et laissent place à un cri collectif, l’ahayyu ; l’attention se porte tout entière sur la danse. Une pièce importante dure une vingtaine de minutes.
Il faut au moins trois tambours pour un petit Ahwach, une quinzaine pour une vraie synchronisation ; une fête de village mobilise une soixantaine de personnes, et les grands mariages d’été pouvaient en réunir un millier. Réussir le tizi engage l’honneur du village. À Imintanout, un auteur décrit un cycle complet de sept passages rythmiques, cinq menés par les hommes et deux par les femmes, d’environ vingt-cinq minutes, ouvert par la tamzgert qui met les exécutants à l’épreuve.
Sources B. Lortat-Jacob, Cahiers de littérature orale B. Lortat-Jacob, « Musique et fêtes au Haut-Atlas » (1980), page de l’éditeur Symétrie Ma3lama



